Vous grossissez pendant le Ramadan malgré le jeûne ? Voici pourquoi… et comment l’éviter.
C’est une énigme qui revient chaque année, et que même les plus cartésiens peinent à résoudre. Pendant le Ramadan, les corps sont privés de nourriture pendant près de seize heures par jour. Et pourtant, au bout d’un mois, les balances penchent souvent du mauvais côté. Moins on mange… plus on prend ? Le paradoxe n’est qu’apparent : ce n’est pas une injustice calorique, mais une mécanique précise, celle de la chronobiologie, qui gouverne nos métabolismes. Autrement dit : ce n’est pas seulement ce qu’on mange qui compte, mais quand.
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Quand la nuit renverse l’horloge
Le corps humain n’est pas un tableau Excel où les calories entrent et sortent en ligne droite. Il obéit à une horloge biologique bien réglée. Dans sa version naturelle, l’humain est un animal diurne : il bouge, digère et brûle le jour. Il dort et stocke la nuit. Pendant le Ramadan, ce cycle s’inverse. Résultat : ce que l’on mange le soir – souvent beaucoup – arrive exactement au moment où le corps est le moins capable de l’absorber. La faute au cortisol, hormone star du matin, quasi absente la nuit. La digestion devient paresseuse, la thermogenèse s’effondre de 50 %, et les calories du soir se mettent à chercher refuge… dans les graisses.
Le festin qui coûte cher
Mais la rupture du jeûne ne se contente pas de bousculer l’horloge : elle déclenche un réflexe pavlovien. Le cerveau, frustré depuis l’aube, réclame réparation immédiate. Et que trouve-t-il sur la table ? Des sucres rapides, des fritures, des douceurs à l’index glycémique galopant. Ce cocktail sucré provoque une montée brutale d’insuline. Mais à cette heure-là, les muscles sont au repos : ils ne brûlent rien. Le sucre en excès est donc sagement recyclé… en triglycérides, et stocké dans les réserves abdominales. À cela s’ajoute un facteur aggravant : on mange vite, trop vite. Le signal de satiété n’a pas le temps de faire son chemin que l’assiette est déjà vide – puis remplie à nouveau.
Le poids des nuits courtes
Ajoutez à cela une donnée souvent négligée : le sommeil. Le Ramadan fragmente les nuits, les raccourcit. Or, dormir moins de six heures déséquilibre le tandem hormonal de l’appétit. La ghréline, qui pousse à manger, s’emballe. La leptine, qui dit stop, baisse la garde. Le lendemain, la fatigue se transforme en fringale. Et pas n’importe laquelle : une fringale ciblée sur les graisses et les sucres. Un double piège pour le poids.
Suhur : l’arme secrète du matin
La bonne nouvelle ? Rien de tout cela n’est inéluctable. La clé ne se trouve pas dans la réduction des portions, mais dans leur réorganisation. Le vrai levier, c’est le Suhur, le repas de l’aube. Bien conçu, il devient une sorte de petit-déjeuner renforcé, capable de soutenir le corps toute la journée sans grignoter la masse musculaire. Protéines (œufs, fromages, viandes blanches) et glucides complexes (avoine, semoule complète, pain intégral) forment un tandem gagnant. D’autant plus que c’est le moment où le cortisol remonte : l’organisme sait quoi faire de l’énergie reçue.
Et l’eau dans tout ça ? Là aussi, prudence. Un litre englouti d’un trait ne sert à rien : les reins se chargent de l’évacuer. Mieux vaut fractionner, boire régulièrement tout au long de la nuit, pour hydrater sans gaspiller.
Changer le tempo, pas le rituel
Le Ramadan ne fait pas grossir parce qu’il prive, mais parce qu’il bouscule l’horloge. Le défi n’est pas dans la restriction, mais dans le timing. Pour rester en forme et préserver sa silhouette, il faut donc inverser la logique habituelle : miser sur le matin, alléger le soir. Autrement dit : réconcilier spiritualité et biologie.