Sur le café et les varices, les études disponibles sont rassurantes : aucune ne montre qu’une consommation modérée provoque ou aggrave la maladie veineuse. Les grandes analyses pointent plutôt le surpoids et le tabac. Voici ce qu’elles ont mesuré, jusqu’où la caféine reste raisonnable et quels leviers alimentaires pèsent vraiment sur vos veines.
À retenir
- Café : aucune étude solide ne le relie à l’apparition de varices.
- Dose raisonnable : 400 mg de caféine par jour, soit cinq expressos, selon l’EFSA.
- Tabac : dès un paquet quotidien, risque d’insuffisance veineuse 2,4 fois plus élevé.
- Priorité : votre poids pèse davantage sur vos veines que le contenu de votre tasse.
Le café et les varices : d’où vient la mauvaise réputation ?
Trois idées reçues circulent sur le café et la circulation veineuse. Aucune ne résiste aux données publiées.
- « Le café dilate les veines. » Aucune des études présentées ici n’a mesuré de dilatation des veines des jambes après un café. Le facteur dilatant documenté, c’est la chaleur : l’Assurance Maladie cite le soleil sur les jambes, le sauna, les bains chauds et le chauffage au sol.
- « Le café déshydrate, donc le sang stagne. » Chez des buveurs habitués, quatre tasses par jour hydratent autant que le même volume d’eau. Le protocole est détaillé plus bas.
- « Le café épaissit le sang. » Dans une étude publiée en 2012, les buveurs de café du groupe témoin avaient au contraire des taux plus bas de 11 UI/dL pour deux facteurs de coagulation, le facteur Willebrand et le facteur VIII.
Une tasse ne fabrique pas de varice, et le mécanisme de la maladie explique pourquoi. Selon Sonovein®, le reflux veineux désigne l’inversion du flux sanguin dans une veine par incompétence valvulaire, mesurée en écho-Doppler au delà de 0,5 seconde dans le réseau superficiel, mécanisme ciblé par toutes les techniques d’ablation veineuse dont le traitement par les HIFU.
Autrement dit, les valvules, ces petits clapets qui empêchent le sang de redescendre vers les pieds, ne ferment plus. Le sang reflue, la pression monte dans les veines superficielles et leur paroi se distend. L’Assurance Maladie retient comme facteurs l’hérédité, la grossesse, l’obésité et la station debout prolongée. La maladie veineuse chronique touche entre 11 et 24 % de la population des pays industrialisés, trois femmes pour un homme. Le café ne figure pas dans cette liste.

Une valvule qui fuit ne se répare pas dans l’assiette. Quand le reflux est installé, plusieurs techniques ferment la veine en cause : laser endoveineux, radiofréquence, sclérothérapie ou stripping chirurgical. Le dispositif Sonovein®, développé par Theraclion, est le seul à agir depuis l’extérieur de la jambe : ses ultrasons focalisés de haute intensité (HIFU), guidés par échographie, chauffent la paroi veineuse jusqu’à 90 °C au point focal, sans incision ni effraction. Le choix entre ces options revient au médecin vasculaire, après écho-Doppler.
Le café et les varices dans les grandes études
Deux familles de travaux ont regardé le café : des analyses génétiques sur les varices elles-mêmes, et des cohortes sur la thrombose veineuse. Leur message commun est rassurant, sans valoir preuve de protection.
L’étude la plus directe est parue en 2021 dans le Journal of the American Heart Association. Elle repose sur la randomisation mendélienne : au lieu de demander aux participants combien ils boivent, elle s’appuie sur les variantes génétiques qui prédisposent à boire davantage de café. Ces variantes sont distribuées au hasard à la naissance, ce qui limite les biais liés au mode de vie.
Les chercheurs ont croisé deux bases. L’UK Biobank britannique comptait 8 763 personnes atteintes de varices et 352 431 indemnes, le consortium finlandais FinnGen 13 928 cas et 153 951 non-cas. Côté britannique, une consommation génétiquement supérieure de 50 %, par exemple trois tasses au lieu de deux, s’associait à moins de varices (rapport de cotes de 0,70). Côté finlandais, aucune association. Le signal ne se reproduit donc pas d’un pays à l’autre, alors que la même analyse trouvait des liens nets pour l’indice de masse corporelle, la taille et le tabagisme.
Sur la thrombose veineuse, le suivi le plus long vient de Norvège. Publiée en août 2025, l’analyse réunit les études HUNT et Tromsø : 112 784 adultes suivis jusqu’à 26 ans, avec 3 419 thromboses veineuses ou embolies pulmonaires. Par rapport aux non-buveurs, ceux qui prenaient une à deux tasses par jour avaient un risque inférieur de 21 %. L’écart tenait surtout à l’embolie pulmonaire (rapport de risque de 0,72). Pour la thrombose veineuse profonde seule, la différence n’était pas significative.
L’étude cas-témoins de 2012 citée plus haut, parue dans le Journal of Thrombosis and Haemostasis, comparait 1 803 patients ayant fait une première thrombose à 1 803 partenaires. Le café s’associait à un risque inférieur de 30 % en données brutes. Après ajustement sur l’âge, le poids, le tabac et les facteurs hormonaux, l’écart n’était plus significatif : rapport de cotes de 0,8, intervalle de 0,6 à 1,1.
Ce que ces chiffres ne disent pas : ces études observent des associations, elles ne prouvent pas que le café protège vos veines. Une thrombose veineuse profonde n’est pas une varice, même si les deux concernent le réseau veineux des jambes. Rien ici ne justifie de vous mettre au café pour vos veines, ni de l’arrêter.
Caféine : quelle quantité reste raisonnable ?
La question utile n’est pas « café ou pas café », mais « combien ». L’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a fixé des repères dans son avis de mai 2015.
Chez l’adulte, une consommation habituelle jusqu’à 400 mg de caféine par jour ne pose pas de problème de sécurité, pas plus qu’une prise isolée jusqu’à 200 mg. Pendant la grossesse, le seuil descend à 200 mg par jour. Le tableau convertit ces repères à partir des teneurs publiées par l’EFSA.
| Boisson | Volume | Caféine | Repère adulte (400 mg) | Repère grossesse (200 mg) |
| Expresso | 60 ml | 80 mg | 5 tasses | 2 tasses et demie |
| Café filtre | 200 ml | 90 mg | 4 tasses (360 mg) | 2 tasses (180 mg) |
| Thé noir | 220 ml | 50 mg | 8 tasses | 4 tasses |
| Cola | 355 ml | 40 mg | 10 canettes | 5 canettes |
| Boisson énergisante | 250 ml | 80 mg | 5 canettes | 2 canettes et demie |
Le repère de grossesse concerne directement la santé veineuse. La grossesse figure parmi les facteurs de varices retenus par l’Assurance Maladie, et le risque augmente avec le nombre de grossesses. Une femme enceinte qui boit deux cafés filtres le matin en est déjà à 180 mg ; un thé noir l’après-midi la fait passer à 230 mg, au-delà du repère.
Reste l’effet diurétique, souvent invoqué pour conseiller de limiter le café. Un essai publié dans PLOS ONE en 2014 l’a testé sur 50 hommes de 18 à 46 ans, buveurs habituels de trois à six tasses par jour. Chacun a suivi deux périodes de trois jours séparées de dix jours : quatre tasses de 200 ml de café apportant 4 mg de caféine par kilo, puis le même volume d’eau. Pour un homme de 75 kg, cela représente 300 mg par jour. L’eau totale du corps, mesurée par un traceur, n’a pas bougé, et le volume urinaire sur 24 heures est resté identique : 2 409 ml avec le café, 2 428 ml avec l’eau.
La limite est connue : l’essai ne portait que sur des hommes habitués à la caféine. Il ne dit rien des femmes, ni des personnes qui boivent un café de temps en temps.
Alcool et tabac : deux habitudes qui ne pèsent pas pareil
L’alcool et le tabac sont souvent rangés avec le café parmi les ennemis des veines. Les données les séparent nettement : signal faible pour l’alcool, signal constant pour le tabac.
Dans l’analyse génétique de 2021, la consommation d’alcool n’était associée aux varices ni au Royaume-Uni ni en Finlande. La sensation de chaleur après un verre vient d’une dilatation des petits vaisseaux de la peau, mais aucune des études retenues ici ne relie ce phénomène à l’apparition de varices. Le lien indirect passe par le poids, puisque l’alcool apporte des calories et que l’indice de masse corporelle compte parmi les facteurs de risque les mieux établis.
Pour le reste de votre santé, les repères français s’appliquent : 10 verres standard par semaine au maximum, pas plus de deux par jour, et des jours sans alcool. Un verre standard contient 10 g d’alcool pur, qu’il s’agisse d’une bière, d’un verre de vin ou d’une mesure de whisky servis dans leur verre habituel. Deux verres chaque soir font 14 verres par semaine : le plafond journalier est respecté, le plafond hebdomadaire est dépassé de quatre verres. L’Assurance Maladie le rappelle : toute consommation d’alcool comporte un risque.
Le tabac, lui, ressort dans chaque type d’étude.
Insuffisance veineuse : une étude cas-témoins publiée en 2002 dans l’American Journal of Epidemiology, sur 1 806 patients et 1 806 témoins, relève un rapport de cotes de 1,7 entre 10 et 19 cigarettes par jour, et de 2,4 à partir de 20 cigarettes, soit un paquet.
Varices : dans l’analyse génétique de 2021, la prédisposition à commencer à fumer s’associait aux varices, avec un rapport de cotes de 1,12.
Thrombose : une méta-analyse de 32 études publiée dans PLOS Medicine en 2013, portant sur 3 966 184 participants, estime le risque relatif à 1,23 chez les fumeurs actuels. Chaque tranche de dix cigarettes quotidiennes ajoute 10,2 % de risque ; un paquet par jour en représente deux. Chez les anciens fumeurs, le risque relatif redescend à 1,10.
Les leviers alimentaires qui comptent davantage
Si vous voulez agir sur vos veines par l’alimentation, quatre leviers ont été étudiés. Ils sont classés ici du mieux documenté au plus fragile.
- Le poids. Dans l’analyse génétique de 2021, chaque écart-type supplémentaire d’indice de masse corporelle s’associait à un rapport de cotes de 1,39 pour les varices. La Bonn Vein Study 1, publiée en 2024 sur 3 072 participants de la population générale, retrouve le surpoids et l’obésité parmi les facteurs communs aux varices, à l’œdème veineux et à l’insuffisance veineuse sévère, aux côtés de l’âge, du nombre de grossesses et des antécédents familiaux.
- Les fibres et le transit. L’Edinburgh Vein Study, menée sur 1 566 adultes de 18 à 64 ans, a testé l’hypothèse de la constipation. Les hommes qui devaient pousser pour aller à la selle avaient davantage de varices sévères des troncs saphènes (rapport de cotes de 2,76). Sur l’ensemble de la population, les auteurs concluent pourtant que le lien entre fibres, constipation et varices n’est pas démontré. Les fibres gardent leur intérêt ailleurs : l’Anses retient 30 g par jour, avec une baisse du risque cardiovasculaire, de diabète de type 2 et de certains cancers observée parfois dès 25 g.
- Le sel. L’OMS recommande moins de 5 g de sel par jour, l’équivalent d’une cuillère à café, alors que l’apport moyen mondial atteignait 11 g en 2021. Son principal effet sur la santé est l’hypertension artérielle. Dans la Bonn Vein Study, l’hypertension s’associait justement à l’œdème veineux et à l’insuffisance veineuse sévère. Aucune des études retenues ici ne mesure directement le lien entre sel et varices : il passe par la tension.
- Les polyphénols. Les flavonoïdes ont surtout été testés sous forme d’extraits concentrés, les veinotoniques, qui sont des médicaments. La revue Cochrane de 2020, 69 essais dont 56 exploitables regroupant 7 690 participants, conclut à une légère baisse de l’œdème : risque relatif de 0,70, et 4,27 mm de tour de cheville en moins, soit moins d’un demi-centimètre. La qualité de vie ne changeait pas, et les effets indésirables, surtout digestifs, étaient un peu plus fréquents. Aucun de ces essais ne portait sur l’alimentation courante : ils ne disent rien d’une tasse de thé ou d’une poignée de fruits rouges.
Tableau récapitulatif : boissons, habitudes et santé veineuse
Ce tableau résume l’état des preuves pour chaque facteur abordé. Il hiérarchise des risques à l’échelle d’une population et ne remplace pas un examen.
| Boisson ou habitude | Effet sur les veines | Niveau de preuve | Repère pratique |
| Café | Aucun effet défavorable mesuré sur les varices ; signal favorable britannique non reproduit en Finlande | Faible à modéré, résultats discordants | Jusqu’à 400 mg de caféine par jour (5 expressos), 200 mg pendant la grossesse |
| Alcool | Pas d’association génétique avec les varices ; effet indirect par le poids | Faible | 10 verres standard par semaine au maximum, 2 par jour, des jours sans |
| Tabac | Plus d’insuffisance veineuse, de varices et de thromboses | Solide : cas-témoins, génétique et méta-analyse concordantes | Arrêt complet ; risque de thrombose plus bas chez les anciens fumeurs |
| Surpoids | Facteur de varices, d’œdème et d’insuffisance veineuse sévère | Solide : études génétique et populationnelle concordantes | Surveiller l’indice de masse corporelle avec votre médecin |
| Constipation, fibres | Lien observé chez les hommes qui poussent, non démontré en population générale | Faible | 30 g de fibres par jour pour la santé générale |
| Sel | Effet indirect par l’hypertension, associée à l’œdème veineux | Indirect | Moins de 5 g par jour, une cuillère à café |
| Flavonoïdes concentrés | Légère baisse de l’œdème | Modéré (revue Cochrane) | Médicament à discuter avec votre médecin, sans équivalent alimentaire démontré |
| Chaleur | Dilatation des veines, jambes lourdes aggravées | Reconnu par l’Assurance Maladie | Limiter sauna, bains chauds et soleil prolongé sur les jambes |
Des jambes lourdes en fin de journée, une cheville qui gonfle ou une veine qui se dessine sous la peau justifient d’en parler à votre médecin traitant ou à un médecin vasculaire. L’écho-Doppler, examen sans injection, montre s’il existe un reflux et sur quelle veine.
Votre café du matin n’est pas le coupable. À dose raisonnable, les données ne lui trouvent aucun effet défavorable sur les veines, et les cohortes sur la thrombose penchent plutôt en sa faveur, sans le prouver. Vos efforts rapportent davantage ailleurs : arrêter de fumer, contenir votre poids, surveiller le sel et protéger vos jambes de la chaleur. Quand une varice est installée, aucun régime ne referme une valvule, et seul un médecin vasculaire peut évaluer s’il faut traiter la veine en cause.
Sources
- Journal of the American Heart Association, Yuan S. et al., Cardiometabolic, lifestyle, and nutritional factors in relation to varicose veins: a Mendelian randomization study, octobre 2021
- Research and Practice in Thrombosis and Haemostasis, Muteba Olsen M. et al., Repeated measures of coffee consumption and risk of future incident venous thromboembolism: the Trøndelag Health Study and the Tromsø Study, août 2025